mercredi 2 décembre 2020

Extinction Rebellion, action « Le monde à l’endroit », RIO ...



La Rebellion Internationale d’octobre, RIO, débute le 11 octobre en France. Avec Mat Let, nous souhaitons participer à l’action Le monde à l’endroit en tant que dessinateurs, «mediactivistes» ou «artivistes» ; en tout cas, que nos dessins racontent les moments que l’on va passer ensemble. Cette action doit commencer mardi 13 octobre et durer trois jours mais nous ne savons pas exactement comment elle va se dérouler. Nous assistons à un brief bien flippant (avec tous les conseils juridiques à connaître en cas de garde à vue), cela refroidit un peu mais on ira quand même.



Rendez-vous donc le matin du 13 octobre, quelque part, pour prendre plusieurs fois le métro et arriver sur les lieux alors que l’occupation a débuté depuis 13 minutes : nous sommes à l’angle du boulevard Saint-Germain et du boulevard Raspail, à côté du ministère de l’écologie. Les forces de l’ordre sont déjà là. Je sors le minimum de matériel car je sais que l’on va devoir dessiner très rapidement car cela ne va pas durer longtemps. L’encre noire diluée plus une couleur donneront de la cohérence à cette série.

Les rebelles sont armslocké.e.s au sol, à distance de plus d’un mètre, il pleut, ils sont trempé.e.s. Les forces de l’ordre commencent à « nasser » les rebelles dans les angles du carrefour. Ils démontent les structures, drapeaux et banderoles… On entend, au loin, les discours de rebelles qui s’enchaînent. Les forces de l’ordre sont très nombreuses. Cela crée une forte tension. Ils se mettent à quatre pour transporter les rebelles accroché.e.s ensemble à l’aide de tubes et relié.e.s par une palette en bois. Les rebelles hurlent. Cela fait mal aux bras et aux main. Les FDO utilisent des masses et des disqueuses pour « libérer » les rebelles. Il y a des blessé.e.s. C’est horrible. En plus, pour faire ce sale boulot, ils tendent des bâches pour nous empêcher de voir ; on n’entend que les cris…



J’enchaîne les dessins, il y a énormément de tension et beaucoup de violence, ce n’est pas du tout le tour que cela devait prendre… Certains rebelles, les « climbers », sont monté.e.s sur les lampadaires ou se sont accroché.e.s dans des hamacs à plusieurs mètres du sol. Ils sont tou.t.e.s délogé.e.s les un.e.s après les autres. On voit un grand bus de la police arriver, il va emmener plusieurs grappes de rebelles au commissariat pour contrôle d’identité ou plus.

Pendant ce temps là, un nouveau groupe s’est mis à chanter de nouveaux révolutionnaires mettant en musique les revendications d’XR et le constat qu’il est déjà bien tard et que l’on doit agir au plus vite.



Dans la nasse, cela fait plus d’une heure trente qu’un rebel discute avec une CRS, lui expliquant les tenants et aboutissants de l’action. C’est un médiateur. Dans ces actions chacun prend un rôle pour participer de manière la plus efficace possible. Il ne pleut plus et je peux m’avancer vers la nasse pour croquer ces moments.

Trois heures après notre arrivée, les FOD nous demandent de reculer, ils évacuent la zone tout en gardant nassée une petite centaine de personnes. Éprouvés par ces moments intenses, nous décidons de quitter les lieux, nous sommes rincés et n’auront plus d’énergie pour faire d’autres dessins aujourd’hui.

[ aquarelles 30x40cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier 2020 ]

vendredi 27 novembre 2020

Reprise de la lutte pour alerter de l’urgence climatique ...



On a interrompu notre engagement pour le climat en mars 2020 à cause de la pandémie de Covid 19 ; les objets jetables ont refait surface, masques, sachets, gants, etc. On en a presque oublié le vrac pour se préserver du virus… ça craint.

Quand Youth for Climate a proposé une action en septembre, avec Mat Let, nous nous sommes inscrits. Rendez-vous est pris le samedi matin tôt pour un tour de Paris en métro... En effet, nul n’est au courant du point définitif de l’occupation pour éviter de se faire déloger avant même d’avoir commencé !

Bref, arrivée rue Sainte Marthe deux heures plus tard, nous sommes au taquet pour dessiner et peindre la mise en place de ce camp climat pour montrer que la crise sanitaire n’a pas pris le pas sur l’urgence climatique. La journée est à la «convergence des luttes» explique Marie, 18 ans, militante active du mouvement : «On appelle ça un "camp climat" mais on se bat pour la justice climatique et sociale. Le but est de créer un pont entre les différentes luttes locales et nationales».



Le camp se monte de bric et de broc : pancartes, casiers, palettes, drapeaux de fortune et banderoles peintes à la main. Les participants sont super jeunes et on fait vieux croulants à côté mais je me dis qu’il n’y a pas d’âge pour exprimer son désarroi. Je croque les différentes barricades, au début, je flippe un peu, car les briefs auxquels on assiste sont super stressants, avec les possibilités d’interpellation. Je n’ai aucune envie de me faire « nasser », gazer ou pire d’être mise en garde à vue… Je vérifie les points d’évacuation pour être sûre de pouvoir partir quand je le souhaite. 


Rassurée, je m’amuse à croquer l’ambiance plutôt bon enfant de la matinée, plusieurs ateliers sont mis en place : écriture, pochoir, mais aussi « cantine » puis ce seront les prises de paroles et conférences sur différents sujets (environnement, féminisme, syndicalisme, condition des Ouïgours, hôpital public). Je me dis que traiter tous les sujets en un lieu pourrait brouiller un peu le message ? … En tout cas, grandes vues et foules colorées seront mes sujets de la journée, un échauffement pour la suite des festivités qui débute en octobre avec Extinction Rebellion (RIO – Rebellion Internationale d’Octobre


affaire à suivre...

[ aquarelles 30x40cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier 2020 ]

mercredi 25 novembre 2020

Dédicace aquarellée sur mon livre "Capturer l'âme d'un lieu" pendant 4 jours!


Super nouvelle ! 
A partir de jeudi 26 novembre à 7h et jusque lundi 30 novembre. à 7h, toutes les commandes de mon livre Capturer l'âme d'un lieu par la forme et la couleur à l'aquarelle que vous passerez sur le site de la librairie Eyrolles seront dédicacées à l’aquarelle !
Ne pouvant pas vous rencontrer en librairie, on a trouvé une solution : vous proposer une DEDICACE NOMINATIVE & AQUARELLEE pour vous faire plaisir ou faire un joli cadeau.

L’offre fonctionne uniquement sur Eyrolles.com pendant ces 4 jours 

En France et à l’étranger (en Belgique, les envois colissimos sont pour le moment suspendus, mais ils seront traités dès réouverture). Avec la possibilité de venir le récupérer en librairie.

J’espère que cette option vous plaira et que vous serez nombreux à vouloir une dédicace à distance !



quelques précisions :
- Envoi en France métropolitaine et à l’étranger excepté pour le moment la Belgique qui bloque actuellement les livraisons par notre transporteur pour raisons sanitaires, ils sont totalement débordés.
- Possibilité de venir récupérer les livres sur place à La Librairie Eyrolles, 5 boulevard Saint-Germain - 75005 Paris.


lundi 23 novembre 2020

Au centre pénitentiaire Paris La Santé avec Urban Sketchers Paris .. Day 5


Il y a un espace dont je n’ai pas encore parlé : la «rue», lieu totalement couvert mais traversant avec médiathèque, hôpital, administrations type pôle emploi, ainsi qu’un grand gymnase et des escaliers à n’en plus finir. Nous passons notre temps à monter et à descendre, à pousser des portes très lourdes et à passer des grilles !
La rue, cet espace clôt est oppressant malgré sa taille... aucune lumière naturelle n’y pénètre et on ne voit jamais l’extérieur...
Drôle de nom pour cette rue, alors! 

Le surveillant ouvre et ferme avec ses clés, Il passe son temps à marcher de long en large... Les détenus et intervenants le hèlent : « Hey, la rue! » C’est le cri pour se faire ouvrir.
On croise des détenus habillés de jaune, blanc, vert et rouge, les uniformes pour les différents ateliers de travail. 

C’est là que le directeur décide d’accrocher notre œuvre collective Voyage au coeur de ma cellule, finalisée lors de la performance à La Conciergerie en juin 2020. Je me suis occupée de concevoir le support, j’ai aussi proposé de remplacer les dessins originaux du centre par des impressions numériques. Plusieurs semaines après, en octobre, nous nous retrouvons enfin sur place, dans la Rue, à coller ces bandes sur le dessin de 3x 3 mètres déployé au sol. L’entreprise a déballé son matériel et le cadre qui est arrivé en pièces détachées. Nous sommes interpellés par les détenus et les surveillants, ils se demandent ce qui se passe. Nous leur expliquons que le travail commun va être accroché de manière pérenne ici même. 
« ils sont trop forts les détenus ! » 
« c’est les meilleurs en dessin ! » 
Nous acquiesçons et continuons à nous affairer. C’est intéressant de voir qu’ils se reconnaissent dans cette œuvre ; chaque dessin ou chaque partie raconte quelque chose, un moment de leur vie au sein de la détention, qui a été capté par l’un d’entre nous. Nous comprenons que cette œuvre va continuer à raconter sa propre histoire au sein de l’imaginaire des détenus, des surveillants, des intervenants extérieurs et du personnel administratif. 


Lorsque nous enlevons la protection de l’altuglas du cadre, nous sommes ébahies de redécouvrir ce travail si bien mis en valeur. Lorsque le cadre est enfin accroché à la verticale (non sans difficultés, muscles bandés et gouttes de sueur sous nos masques), nous comprenons que cette Rue ne sera plus jamais la même. Elle est complètement transformée par l’histoire commune qui se raconte dans cette œuvre. Ces moments de vie partagés dans cette année 2020, si particulière, sont désormais exposés et vont prendre leur envol dans le récit de chacun.

C’est pour cela que nous dessinons sur le vif, pour capter des moments, à jamais disparus, si ce n’est dans les mémoires éparpillées.

Un grand merci à l’équipe administrative de La Santé, aux Urban Sketchers Paris, à Version Bronze et Duograph pour l’installation.

[ aquarelles 25x65cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier 2020 ]
[ photographies ©Brigitte Lannaud Levy et Marion Rivolier 2020 ]

mardi 10 novembre 2020

ACTE II de la solidarité avec les Amis des Artistes ...



ARTISTES , SOUTENONS-NOUS LES UN.E.S LES AUTRES

Je participe à l’acte II, à l’action du collectif @lesamisdesartistes pour aider les artistes pendant cette crise sanitaire.
Le principe est simple : les artistes mettent en vente une sélection de 3 œuvres, en indiquant #lesamisdesartistes sur chacune des oeuvres.
L’acheteur verse 70% du prix directement à l’artiste, les 30% sont versés à une cagnotte pour aider d’autres artistes. Pour cette OPÉRATION il s’agit du fonds Urgence Artistes Femmes (UAF) porté par @lesamisdunmwa .
Plus d'information sur le site des Amis des Artistes.

Je propose trois aquarelles sur papier (me contacter en MP si vous êtes intéressé) :

- n°1 : Soleil couchant sur le parc de Belleville, aquarelle sur papier – 40x30 cm – 29 octobre 2020 / 350€
- n°2 : Vers le lointain depuis le parc des Buttes-Chaumont, aquarelle sur papier – 36x48 cm – 2 août 2020 / 470€
- n°3 : Symphonie colorée aux Tuileries, aquarelle sur papier – 36x48 cm – 13 septembre 2020 / 470€

Merci de soutenir les artistes et les auteurs pendant cette crise sanitaire et le confinement #2 !

#lesamisdesartistes
#aidepourlenmwa
#lesamisdesartistesdessin
#lesamisdesartistes500
#solidariteartistes
#solidarite


jeudi 5 novembre 2020

My book in Drawing Attention de novembre 2020 ! ...

Un grand merci à Urban Sketchers qui publie dans DRAWING ATTENTION de novembre 2020 la liste des livres d'Urban Sketching à lire pour la fin de l'année et Capturer l'âme d'un lieu par la forme et la couleur à l'aquarelle est dedans!

Merci beaucoup pour cette visibilité internationale!

Le livre est disponible en Click & Collect dans toutes les librairies qui le proposent et notamment à la Librairie Eyrolles à Paris.

Vous pouvez aussi le commander directement chez Eyrolles.


On soutient nos libraires mais aussi nos auteurs; ne pas oublier Mat Let et son carnet de confinement 28m² qui est aussi dans Drawing Attention ainsi que tous les auteur.ice.s Urban Sketchers, notamment Shari Blaukopf ou Stéphanie Bower que l'on retrouve en français chez Eyrolles.


#jesoutiensleslibrairies
#usk
#urbansketchers

samedi 24 octobre 2020

Au centre pénitentiaire Paris La Santé avec Urban Sketchers Paris .. Day 4

Début juillet, retour matinal à la prison de la Santé, quatre mois après notre dernière visite… Quatre mois d’arrêt liés à la pandémie de Corona virus. Nous nous réjouissons (presque) de retourner en détention car nous allons raconter aux détenus notre performance à La Conciergerie et le succès que cela a eu.
Nous ne sommes que deux avec Brigitte, nous sommes masquées ; l’ambiance est étrange, on a l’impression qu’il y a moins de monde, moins d’activité, moins de mouvement…
Nous retrouvons certains détenus, ils ont l’air fatigué, éprouvés par cette période de confinement qui les a privé d’activités, de parloirs et du peu d’autonomie qu’ils avaient. D’autres sont nouveaux en QB1, il se joignent à l’atelier qui se déroule dans la cour de promenade jusqu’en fin de matinée.


L’après-midi, nous dessinons dans la cour de promenade tout en discutant avec les détenus. Ils font beaucoup de sport, ils courent, ils font des pompes, des tractions. Des accessoires de musculation ont été installés dans la cour. Il y aura bientôt un petit potager aussi. Nous parlons de l’œuvre faite en commun et expliquons qu’on l’installera dans les prochaines semaines au sein même du centre de détention. Ce sera l’occasion de montrer à tous les usagers, détenus et surveillants, ce travail.

Je n’ai pas le temps de commencer une grande aquarelle alors je croque le surveillant qui nous dit qu’il est à la Santé depuis l’ouverture l’année dernière et qu’avant il était gendarme. Il pose comme ses collègues de l’autre jour, en glissant ses pouces sous son gilet par balle. Cela le rend encore plus costaud. 
La lumière est différente, plein été, l’atmosphère est complètement différente, les esprits s’échauffent plus vite mais l’ambiance est moins morose. Elle est plus contrastée. Cela change la perception des lieux et des espaces, cela en modifie presque l’échelle ; comme si la cour était plus grande…

En sortant de détention, je prends un peu de temps pour peindre la cour d’honneur, celle des exécutions capitales jusqu’à l’abolition de la peine de mort. Malgré la beauté de la réhabilitation du lieu, cela fait froid dans le dos quand on y pense.

[ aquarelles 25x65cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier ] 

dimanche 18 octobre 2020

Au centre pénitentiaire Paris La Santé avec Urban Sketchers Paris .. Day 3

Arrivée matinale le 4 mars, je passe rapidement le contrôle. Six détenus nous attendent à l’entrée du QB1, prêts à dessiner. Le thème du cours est l'espace de la cellule, pour donner des bases de proportions et de perspective. On commence par le cadre de la porte, puis on ajoute l’intérieur avec une ligne d’horizon et un point de fuite. Des objets commencent à apparaître dans ce lieu qui est le même pour tous. La personnalité de chacun est donnée par les objets et photos qu’ils y apportent.

Nous filons ensuite vers les ateliers de travail. Filer, c’est beaucoup dire car nous avons toujours les grilles à franchir, des surveillants à prévenir et auxquels expliquer ce que nous faisons. Tout cela prend un certain temps. Il y  a plusieurs ateliers en enfilade, derrière des grilles, pour permettre une surveillance de chaque instant. De la coursive au premier niveau, on a une vue plongeante. Je m’installe là pour essayer d’avoir une vue d’ensemble. Nous expliquons à tout le monde pourquoi nous sommes ici: dessiner les lieux et ce qui s’y passe. Dans cet atelier, les hommes assemblent de petites pièces d’automobile et les rangent dans des cartons. Ils sont concentrés et se parlent peu. Par contre, j’entends que ça discute dans l’atelier d’à côté. Ils ont terminé leur travail, et attendent patiemment qu’on vienne les chercher. Ils hèlent le surveillant à plusieurs reprises. Ils sont tous habillés en bleu: tee shirt, sweet bleu clair et pantalon outremer. Mon aquarelle terminée, je me dirige vers le dernier atelier : tous sont sous blouse fine, charlotte et gants: ils assemblent des tubes de Vickx. Tout doit être stérile. Cela crée une ambiance étrange, tous ces hommes en blanc.



Ambiance bleu foncée au mess. On se restaure rapidement pour ensuite se diviser en groupes pour dessiner différents endroits du bâtiment. Avec Tula, je me dirige vers le QH6 après avoir traversé la Rue, nous prenons les escaliers. Arrivée au QH6, embouteillage à l’entrée, face à face prouvant avec une dizaine de détenus en blanc (blanchisserie) qui se poussent pour nous laisser passer. Un autre nous hèle derrière une grille. J’ai l’impression que ce bâtiment est grand avec plusieurs coursives. On a du mal à se repérer. Un surveillant nous emmène au dernier étage et nous fait entrer dans une cellule vide. Nous avons la vue sur le boulevard Arago. Il pousse la porte et nous laisse seules. L’espace est étroit pour deux. On ne s’imagine pas passer 22h sur 24 ici. C’est oppressant, les murs sont déjà noircis par la fumée de cigarette. Jusqu’à maintenant, je n’était pas vraiment entrée dans une cellule. Ici, on commence à se rendre compte de l’étroitesse du lieu et de l’angoisse que cela peut générer. Je suis mal à l’aise. Lorsque je regarde par la fenêtre, ma vision est barrée par deux rangées de grilles : une de barreaux verticaux et l’autre un quadrillage carré assez serré. Puis une rangée d’arbres. Cela crée trois niveaux de masques visuels. Difficile d’englober le panorama d’un seul coup d’œil. Je m’attaque à cette skyline d’immeubles en face, barrée par la forêt de branches. Un détenu parle (crie) à son voisin du dessous ou d’à côté, je ne sais même pas. Mais il n’arrête pas. Puis un autre appelle le surveillant d’étage, qui est allé à la promenade. Personne ne répond alors il gueule de plus en plus fort, il tape sur sa porte avec violence. Le métal vibre. Nous sommes de plus en plus mal à l’aise. Nous dessinons vite mais de toute façon nous devons attendre le retour du gardien pour nous faire descendre. Tout est bouclé ici. Enfin, le surveillant revient et nous ramène au niveau de la Rue.


 Au QB1, nous retrouvons nos repères, nous discutons avec les uns et les autres en dessinant. Je tourne autour des cellules, je peins ces hommes qui tuent le temps comme ils peuvent, en regardant, observant, allant ici et là sans vraiment de but. Je les écoute et j’essaie de comprendre ce qu’on peut leur apporter au fur et à mesure de ces séances. Nous espérons pouvoir revenir la semaine suivante mais nous sentons que la crise sanitaire aura pris de l’ampleur et que l’on sera passé en stade 3, confinement général. 


Nous quittons la Santé, épuisés. Nous respirons un grand bol d’air. 
Malheureusement, nous ne reviendrons pas le mardi suivant. Nous sommes désormais tous en confinement, pour une durée indéterminée. Nous devrons puiser dans toutes nos ressources pour rester enfermés chez nous. Drôle d’expériences qui viennent les unes après les autres, dans lesquelles on se retrouve avec de moins en moins de liberté de mouvements et de déplacements. 
La prison est pour l’instant coupée du monde extérieur, chacun est enfermé dedans mais eux, ne peuvent, vraiment plus bouger. 

[ aquarelles 25x65cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier 2020 ] 
[ photographies ©David Rivolier 2020 ]

lundi 12 octobre 2020

Au centre pénitentiaire Paris La Santé avec Urban Sketchers Paris .. Day 2

8h25, ce mardi de fin février, je commence à avoir une certaine habitude, la bulle, la carte d’identité, le badge, la ceinture qu’on enlève, la porte qui bipe alors qu’on a plus rien de métallique sur soi, le bouchon à l’entrée, les surveillants qui nous disent de circuler, portables interdits, bref la routine...
On se retrouve dans la cour d’honneur puis on se rend en détention. Le cours se déroule dans l’énergie, ils sont tous motivés et travaillent rapidement. Je passe un moment à poser pour le groupe. Un détenu me dit qu’il sort demain, on discute un peu pendant qu’il pose à côté de moi. Il relève ses manches et découvrent de gros tatouages. Il dit que la prison l’a changé. Qu’il sait maintenant qui sont ses amis (beaucoup moins qu’avant) et qu’il a décroché de la drogue en prison. Il ne veut plus jamais revenir à La Santé. Je lui souhaite bonne chance pour la suite.Nous terminons le cours par la perspective de la coursive avec les cellules de chaque côté, rythme implacable...


Nous allons déjeuner au mess entouré de surveillants. J’ai du mal à m’y habituer, trop d’uniformes, je crois.
Puis nous regagnons la promenade du QB1 pour un croquis rapide, soudain le temps se couvre alors que deux minutes avant il faisait grand soleil. Je capture le ciel au dessus des concertinas, barbelés effrayant (équipés de lames de rasoirs) au niveau des murs, de tous les murs. J’ai à peine le temps de terminer que nous devons aller dans le quartier d’isolement.


Le quartier d’isolement est flippant, les cellules comportent un sas grillagé et le mobilier est vraiment sommaire. L’ambiance change, c’est plus tendu, les surveillants portent des gilets par balle. On se retrouve dans la cour de promenade individuelle, cinq mètres par cinq, grillage et barbelés en guise de plafond. Ils empêchent de voir le ciel, même si les rayons marbrent le mur. Je dessine l’ouverture et le couloir qui mène à l’autre promenade. Tout est glauque, le sol est mouillé de flaques, les peintures sont tristes et écaillées, on a du mal à rester là et on termine nos dessins rapidement. En disant au revoir aux surveillants, je leur propose de les dessiner, ils se mettent à poser, gros bras et rires un peu gras, mais avec beaucoup de gentillesse. Ils sont impliqués et motivés par leur travail qui est un peu particulier au sein de la maison d’arrêt.


L’un d’entre eux nous conduit au QHR, le quartier des radicalisés, la cellule mémoire est dans le sas avant la coursive. Je m’installe à l’intérieur, la cellule est vraiment petite, les nouvelles sont plus grandes (trois cellules pour en faire deux). Les couleurs et carrelages surannés crée une drôle d’ambiance. C’est difficile de croire que les détenus ont vécu dans ces cellules jusqu’en 2013…



Puis nous filons vers la guérite de surveillance entre le QH5 et le QH6. Le surveillant nous prévient que la promenade se termine dans cinq minutes et qu’il devra partir. Je me dis que c’est toujours ça et j’attaque la grande vue sur la partie la plus haute, le quartier de semi liberté. Le ciel est tourmenté, nous aussi. Je discute un peu avec le surveillant, je cherche à savoir comment ça se passe vraiment ; les bagarres, les refus de réintégration après promenade, les trafics, comment les détenus se procurent-ils des téléphones portables? ... Le temps passe et le surveillant ne nous chasse pas. Je continue à construire l’espace: le ciel, les bâtiments (QH5 et QH6), les concertinas, effrayant, les filins tendus qui empêchent qu’un hélicoptère se pose... empêcher les évasions par des couches et des couches de grilles, grillages, barbelés, à tout prix. Dans les bâtiments, les fenêtres sont sombres, on devine les barreaux, il y a des yoyo un peu partout. Dès que les détenus du QH6 sont remontés, c’est la danse des yoyo qui commence, se passer des choses par de grandes lianes en plastiques qui balancent de gauche à droite et de bas en haut... c’est fascinant, ils peuvent rester des heures à tenter jusqu’à ce que ça marche... les deux cours de promenade se vident, nous aussi, nous devons partir. 

C’est la fin de la journée, on sort après avoir récupéré nos cartes d’identité, petit temps de latence... 
On attend beaucoup en prison même si on est attendu et que tout est organisé... 

On ne sait jamais si on dérange ou pas.., au début on dérange puis le dessin fait le job, il émerveille! Il ouvre les portes et fait naître les sourires. Détenus et gardiens sont étonnés et semblent touchés par les dessins que l’on produit. Les langues se délient, ils parlent.

[ aquarelles 25x65cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier 2020 ]
[ photographies ©David Rivolier 2020 ]

jeudi 8 octobre 2020

STAGE Capturer l’espace et le mouvement en valeurs et couleurs à Paris - octobre 2020 ...



Capturer l’espace et le mouvement en valeurs et couleurs à Paris 

Je vous propose d’explorer l’espace urbain, le ciel et l’eau, les bâtiments et les habitants, au fil du pinceau et de la couleur, à l’aquarelle. 
Chaque jour sera consacré à travailler un thème, sur le vif ; sous forme d’exercices découvertes. 
Il s’agira d’apprendre à observer, analyser, interpréter et raconter sa propre histoire sur les lieux traversés. 
Nous travaillerons, directement au pinceau, sans dessin préalable, sur un carnet de croquis. Nous explorerons les possibilités de l’aquarelle pour composer, cadrer, travailler le mouvement, explorer les valeurs et contrastes colorés, peindre avec le vide et apprendre à faire des choix. 
Nous apprendrons à envisager l’espace en larges masses colorées plutôt qu’en lignes et en contours. Il s’agira d’être à l’écoute de son sujet pour en exprimer l’essence rapidement mais sans précipitation. 
Notre outil principal sera le pinceau et nous travaillerons sur un carnet de croquis qui nous permettra de prendre des notes, réaliser des nuanciers et essais de couleurs, faire les exercices et aussi des dessins plus aboutis. 
Nous ne nous encombrerons de faire un joli dessin ou d’obtenir un beau résultat. Il s’agira d’expérimenter, de se tromper, de faire des erreurs et de progresser dans la compréhension du geste, de la couleur, des valeurs et de la profondeur. 

La totalité du stage se fera au pinceau et à l’aquarelle, sans dessin préalable. Il s’agira d’apprendre à composer directement au pinceau. Ainsi, ce stage n’est pas adapté aux grands débutants et il doit se suivre dans sa totalité
Stage limité à 9 participants en raison des mesures sanitaires.


du mardi au vendredi de 10h à 17h (6h par jour)
4 jours / 288 € TTC
renseignements et inscriptions à marionpro.rivolier[at]gmail.com

mardi 6 octobre 2020

Au centre pénitentiaire Paris La Santé avec Urban Sketchers Paris .. Day 1

L’arrivée devant la porte d’entrée principale est impressionnante, des voitures de police et un bus entrent et sortent, c’est un transport de détenus, probablement. Brigitte et moi sonnons. C’est une vitre sans tain, on ne voit rien et on entend mal. On finit par rentrer. La Santé a rouvert il y a six mois, tout est neuf, ripoliné. Le bâtiment ancien, côté rue de la Santé, a été conservé et réhabilité. C’est assez beau.

On passe une lourde grille. On retrouvera cette grille à de multiples reprises au cours de notre repérage. Des clés, des grilles lourdes , que l’on ouvre et que l’on ferme juste derrière nous. On se fera enfermer à de nombreuses reprise, on notera aussi notre nom plusieurs fois, certains quartiers étant hautement surveillés.

Nous serrons la main aux gardiens, à tous les gardiens. Nous expliquons que nous allons donner des cours de dessin, un jeune homme nous indique qu’il va s’inscrire ; il s’inscrit à tous les ateliers proposés nous assure-t-il. Nous commençons a découvrir les méandres et les escaliers de la maison d’arrêt.
On a monté et descendu des dizaines de marches, ouvert et fermé des lourdes grilles et portes, on a raconté notre projet, serré de nombreuses mains.
Maintenant il est temps de commencer à dessiner et à transmettre.

Le 4 février, c’est le DDay, toute l’équipe (Brigitte, Mat, Tula, Marielle, Carole, David et moi) est devant la prison de la Santé à 8h10, pas bien réveillée, on dépose nos manteaux et divers objets métalliques pour passer le contrôle. Café avant d’aller « en détention » comme tout le monde dit... on se redit « vouvoiement et respect », « ne pas sortir de son rôle »...
Le début de l’atelier est un peu fastidieux, je distribue le matériel et c’est parti! Les participants sont intéressés, ils testent tout de suite les feutres sur les carnets. Nous allons dans la coursive RDC du QB1 : Lignes de personnages, reconnaissance des notions d’espace puis petit cours de perspective.

Puis l’équipe va déjeuner au mess. Cantine correcte, on décompresse, entourés de surveillants habillés en bleu foncé. On fait un peu tâche avec nos cartons à dessin et nos crayons.

Après un café, nous nous installons dans le fameux panoptique, « surveiller et punir » de Foucault.L’espace central est la rotonde, avec un poste de surveillance au centre qui permet de voir les quatre quartiers en étoiles. Nous montons sur la passerelle, j’ai le vertige, j’ai du mal à rester debout… Aucun détenu ne peut sortir de sa cellule sans être vu depuis le centre de surveillance au centre de l’espace. On a l’impression que certains détenus se déplacent seuls mais en fait ils passent de grilles en grilles sous l’œil vigilant des surveillants. 

On entend un gars demander: « alors ça va l’auxis ? » Ou un détenu passe en disant: « je passerai bien la journée à dessiner avec vous mademoiselle ». Gloups, je n’en mène pas large… Et soudain c’est blocage pour un parloir pour B... on se retrouve bloqué dans le sas du QB2. Trop glauque.

Dans la première branche, c’est le quartier bas 1, QB1, quartier respect (ou confiance) où les détenus peuvent aller et venir en échange d’une conduite exemplaire. Les détenus distribuent le repas à tour de rôle, chacun vient chercher son plateau. Dans une cellule vide, nous découvrons l’aménagement : lits superposés, bureau, chaises et douche ainsi qu’un lavabo et des toilettes. Les fenêtre ont été agrandies par rapport à l’ancienne « Santé ». Elles s’ouvrent mais derrière il y a (encore) des barreaux. Certains font des crêpes, les autres discutent et tiennent le mur. Je travaille sur la perspective que j’ai expliquée ce matin. J’essaie d’être dans les propositions justes et d’exprimer l’ambiance, à la fois fermée et ouverte, couleurs un peu fade mais jolie lumière. Les hommes vont et viennent, nous interpellent et conversent avec nous. 
Je travaille ensuite sur les grilles, elles sont partout, elles forment des sas, des grilles seules, on les ouvre, elles sont lourdes, on les ferme, certaines restent ouvertes, elles portent ombre.

On est rincé. On va quitter les lieux après quasiment 10 heures de présence. 

On sort, on respire et on regarde le ciel!


[ aquarelles 25x65cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier 2020 ]
[ photographies ©David Rivolier 2020 ]

mardi 29 septembre 2020

Lyon, entre ciel et eau …



Pour continuer dans la foulée des flux marins, j’ai axé mon dernier workshop de l’été à Lyon sur les flux du ciel et de l’eau. Cette ville nous offre des points de vue extraordinaires que ce soit du Rhône, de la Saône ou du lac du parc de la tête d’or. Nous avons aussi eu le ruissellement de la pluie… Pour ce consoler, les cieux proposés étaient splendides. 


En trois aquarelles, j’ai raconté ces reflets, ciels et constructions sur les bords du Rhône et de la Saône. Des éléments structurants tels les ponts, bâtiments et piles permettent de donner de l’assise aux compositions. 
Je joue sur des reflets en valeurs colorées qui permettant d’exprimer volume et profondeur tout en gardant la richesse des couleurs à ces sujets mouvants. 



Un grand merci à Anny qui m’a guidée tout au long de ce séjour et de cet approfondissement de ma découverte de Lyon.

[ aquarelles 21x60cm sur carnet Moleskine aquarelle – ©Marion Rivolier ]

jeudi 24 septembre 2020

Séance de dédicaces magique à la librairie Eyrolles pour mon livre! ...


Samedi 19 septembre, j'ai effectué une dédicace pour fêter la sortie de mon livre "Capturer l'âme d'un lieu par la forme et la couleur à l'aquarelle - peindre sur le vif sans dessin préalable" aux Editions Eyrolles à la librairie Eyrolles, 61 bd Saint-Germain - 75005 Paris.

Après une petite installation, quelques bannières grand format reproduisant mes aquarelles, quelques originaux sur ma table, de jolies cartes postales et un tas d'exemplaires, j'étais prête à 16h pile. Or, il y avait déjà quelques personnes et 5 minutes après, lorsque j'ai relevé la tête, j'ai vu une longue file devant moi. Là, j'ai replongé la tête dans mes couleurs et pinceaux et j'ai enchaîné des dizaines de dédicaces, sans m'arrêter pendant 3h30. 
C'était fou! Merci à tou.t.e.s d'être venu.e.s.

mardi 22 septembre 2020

Feuilleter Capturer l'âme d'un lieu ...


Mon livre "Capturer l'âme d'un lieu par la forme et la couleur à l'aquarelle - peindre sur le vif sans dessin préalable" aux Editions Eyrolles, est sorti jeudi 17 septembre. Vous pouvez le commander dans votre librairie préférée partout en France.

Il sera disponible début octobre dans les pays francophones (Belgique, Suisse, Canada, etc.). N'hésitez pas à la commander!

C'est un outil pour explorer ma pratique de l'aquarelle, ma vision des lieux et des atmosphères en valeurs et en couleurs. Ma spécificité est de ne pas faire d'esquisse préalable et de travailler uniquement au pinceau. Je vous guide en 21 chapitres, entre exercices et réflexions, dans une nouvelle compréhension et expression de l'espace, sur le vif.


Merci à Eva, Eyrolles Loisirs Créatifs, pour cette vidéo.

lundi 14 septembre 2020

Au cœur de la forêt …

                 

Tous les jours, je pars en quête de la forêt. Je n’ai jamais réellement peint ce sujet, quelques esquisses rapides ou notes colorées, peut-être… Ici, le sujet est à prendre à bras le corps, les lumières et contre-jours sont extraordinaires, ils emmènent mon esprit dans une divagation poétique, peuplée de Dames Blanches, loups-garous et petits enfants perdus…             
Je marche chaque jour en quête du meilleur point de vue, je travaille la densité des troncs d’arbres, leur enchevêtrement tout en préservant des touches lumineuses et puissantes. Je joue avec des contrastes de valeurs colorées pour accentuer la profondeur des points de vue. Les feuilles se détachent dans un motif répétitif qui donne envie de le reproduire à l’infini. Je rajoute des petites touches de couleurs vives pour faire chanter les contrastes. 

                   

Je suis seule, avec les mouches et les insectes en fond sonore, j’entre en méditation colorée pour saisir ces instants fugaces de lumière magique. J’ai peu de temps car en fin de journée, la lumière évolue très rapidement, je ne dois pas manquer ces stries bleues claires qui zèbrent le chemin doré. 

                      

Je me perds dans l’enchevêtrement des troncs qui me donne le vertige ; mes yeux papillonnent de percées en trouées pour aller chercher ces raies de lumières. Je marque rapidement les stries horizontales, je sais qu’elles sont fugaces. Je jongle entre l’opacité et la transparence des ombres colorées pour accentuer la profondeur. J’aime faire entrer mon pinceau dans le pigment, qu’il s’en charge jusqu’à en étouffer et le voir se diffuser dans l’eau qui n’en fait qu’à sa tête. Laissons-nous surprendre par cette aquarelle incontrôlable et surprenante.

Ne pas tout maîtriser permet de laisser ouverte les portes de l’imaginaire. 
C'est une série qui débute, au fil des jours et des saisons ...

[ aquarelles 36x48cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier ]

vendredi 11 septembre 2020

Capturer l'âme d'un lieu en librairie le 17 septembre ! ...


J’ai le grand plaisir de vous annoncer la sortie de mon nouveau livre
Capturer l’âme d’un lieu par la forme et la couleur à l’aquarelle
Peindre sur le vif sans dessin préalable

aux Editions Eyrolles

Vous le trouverez dans toutes les librairies (n’hésitez pas à le commander directement auprès de votre libraire préféré.e) ou sur les plate-formes numériques.
Vous pouvez feuilleter quelques pages ici 
En pré-commande dès aujourd’hui et en librairie le 17 septembre.


Je vous propose une séance de dédicace le 19 septembre 2020 de 16h à 19h
à la librairie Eyrolles, 61 boulevard Saint-Germain – 75005 Paris.

J’espère vous y voir nombreu.x.ses et masqué.e.s, of course !

dimanche 6 septembre 2020

Retraite au vert en pleine canicule …

Au vert, c’est beaucoup dire, en effet, le printemps et l’été ont été tellement secs que la campagne des Deux-Sèvres est grillée… Je me délecte de ces tons pailles, jaune de Naples, orangés qui donnent de la vibration aux verts profonds des magnifiques arbres de cette contrée. Le bleu éclatant du ciel donne un contre-point parfois et permet un jeu de contraste chaud-froid.
Habituellement, peu attirée par la campagne, je profite pourtant de l’épure des paysages pour aller chercher des sujets anodins, un simple rapport coloré va m’emmener dans une aquarelle. Je varie les cadrages, en travaillant des paysages en format portrait, cela me pousse à regarder autrement les lieux et à varier mon interprétation.

Les lumières sont douces, elles me poussent à travailler vite, à peindre deux aquarelles en même temps dans une sorte de diptyque « décalé » : partie gauche, ce grand pin majestueux et partie droite, l’horizon avec les éoliennes au lointain, petites pattes de mouches dans un ciel immense.
Les couleurs chantent dans une harmonie de couleurs chaudes et de violets éclatants pour exprimer la profondeur. 



Je ne peux pas résister à peindre ce saule pleureur qui offre un large abri ombragé par ces temps de chaleur intense. La lumière est vibrante et elle change en permanence, il faut peindre vite, sinon, on manque l’instant magique où l’ombre et la lumière sont en parfaite harmonie. La façade de la grange s’assombrit peu à peu pour entrer dans une ombre violacée. 



Quand le ciel se voile de filaments rosés, je les fait dialoguer avec les orange-rouges de la maison des voisins, à peine visible à travers la végétation. Le premier plan est fort et vigoureux alors que le lointain est à peine suggéré. Je regarde toutes les couleurs chanter devant mes yeux et l’aquarelle apparaît dans mon regard avant même de l’avoir peinte.

[ aquarelle 36x48cm sur papier aquarelle – ©Marion Rivolier ]